La dentiste - Dave Keesler

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La dentiste

La dentiste - Dave Keesler

Je voudrais vous parler d’une de mes phobies ; il s’agit de la peur du dentiste. Rien d’original me direz-vous, beaucoup de gens ont cette peur, même les hommes comme moi. Mais en ce qui me concerne, elle n’est apparue que très récemment. Plus exactement, la dernière fois que j’ai consulté un dentiste.

Je me morfondais dans la salle d’attente du dentiste, en feuilletant une revue qui parlait de planification financière personnelle ; il faut bien passer le temps. Je ne connaissais pas ce dentiste, et je fus agréablement surpris lorsqu’elle m’invita à entrer dans son cabinet. C’était une femme, très belle, grande, cheveux châtain clair, avec un sourire à torturer tout homme imperturbable.

Je m’allongeais dans le fauteuil, et lui expliquais une molaire douloureuse. Alors les mains aux doigts délicats s’activèrent autour de ma bouche, y introduisant un petit miroir, et un instrument en forme de crochet.

- N’ayez pas peur, pour l’instant, je ne fais qu’un examen.

Je n’avais pas peur, et le lui fis comprendre d’un « hon ! hon ! », Le seul son qui pouvait sortir de ma gorge.

- Je vois, c’est un bel abcès. Un bon nettoyage, un traitement aux antibiotiques, et il n’y paraîtra plus.

J’aurais aimé savoir si elle pratiquait une anesthésie locale, car la dent me faisait vraiment mal maintenant qu’elle l’avait grattée, mais je n’avais toujours pas la parole. Elle dut lire dans mes pensées, car elle dit :

- Je ne vais pas vous faire d’anesthésie, ça va aller vite et vous n’aurez pas le temps de souffrir.

J’émis une série de « hon ! hon !... » de protestation.

- Allons, je vous dis que ça ne fera pas mal ! Néanmoins, j’ai mis un truc au point. Prenez cette poire électrique en main, quand vous la pressez, elle allume une lampe, ça voudra dire que je vous fais mal, alors j’arrêterai. Vous voilà rassuré ?

Je clignais des yeux pour lui confirmer. Elle coinça un rouleau de coton entre la gencive et la joue, empoigna la roulette et attaqua ma dent.

Une douleur fulgurante irradia toute ma mâchoire, je pressais aussitôt la poire, mais ne vis aucune lampe s’allumer. Je réitérais la manœuvre plusieurs fois, sans effet, ni sur la lumière, ni surtout sur la dentiste. Je n’osais pas bouger de peur que la roulette dérape, et me charcute encore plus la dent. De grosses gouttes de sueur commencèrent à perler sur mon front, alors que je martyrisais cette foutue poire. La doctoresse, toute occupée à sa besogne, ne se doutait de rien, et ma souffrance allait en empirant. Heureusement, l’opération ne prit que dix minutes, et le désinfectant appliqué sur la plaie calma la douleur. La doctoresse me libéra la bouche, et me demanda avec un grand sourire :

- Alors, vous avez vu ? Ça s’est bien passé !

- Mais vraiment pas ! Je n’ai pas arrêté d’appuyer sur ce truc. M’exclamais-je en montrant la poire.

Elle me la prit des mains, et l’essaya.

- Tiens ! C’est en panne ! Il faudra que je pense à la faire réparer. Dit-elle candidement.

Eh bien, qu’elle la fasse réparer son installation, ce n’est pas moi qui reviendrai l’essayer.